L’industrie touristique des éléphants ne fait pas de gagnants

11 août 2018

Les éléphants sont maltraités dans les sites d’attraction, c’est connu. Or, selon notre nouvelle étude, leurs gardiens, les cornacs, ont aussi la vie difficile

Par Nick Stewart, chef intérimaire mondial pour la, campagne Faune. Pas pour le divertissement.

‘Le cornac dresse, monte et soigne son éléphant. Habituellement, il choisit la profession à un jeune âge, quand sa famille lui assigne un éléphant, à qui il reste lié toute sa vie.’

C’est ainsi que Wikipédia définit le cornac, une définition qui fait écho à l’image romantique du cornac et son éléphant pour de nombreux touristes. Hélas, cette vision est loin de la réalité dans l’industrie du tourisme avec les éléphants.

Selon une nouvelle étude de Protection mondiale des animaux, réalisée avec le département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Chiang Mai, en Thaïlande, la perception idéaliste et très répandue des cornacs est en fait aux antipodes de la réalité.

Cette étude est la première qui analyse à fond la situation socioéconomique des cornacs en Thaïlande.

À une époque où l’industrie du tourisme est en pleine croissance, où se multiplient les sites d’éléphants qui attirent des foules de visiteurs, le cornac traditionnel est peu à peu remplacé par des ouvriers qui manquent de compétences et de formation.

Bien sûr, les cornacs existent toujours, j’ai pu moi-même en voir lors d’un récent voyage en Thaïlande, mais ils sont devenus l’exception et non la règle.

En réalité, plusieurs deviennent cornacs par manque de choix, ou parce qu’ils y voient un emploi facile.

Loin d’être liés à vie à leur cornac, la majorité des éléphants qui nous divertissent devront laisser monter sur leur dos au moins quatre cornacs au cours de leur vie.

Des cornacs attendent avec leurs éléphants, dans un camp en Thaïlande.

Risques pour l’éléphant, pour le cornac, pour le visiteur

Si l’éléphant vit dans de difficiles conditions, forcé de promener des visiteurs sur son dos, de son côté, le cornac reçoit un salaire de misère pour un travail dangereux. Quand il se blesse, il jouit rarement d’une quelconque sécurité financière.

Le manque de formation du cornac fait augmenter le risque de blessures graves, tant pour lui que pour le touriste qui interagit avec l’éléphant sous sa supervision.

Outre la question du bien-être de l’animal, l’industrie du voyage devrait prendre très au sérieux le risque de blessures pour le visiteur.

Pourquoi cette étude?

Une grande part de notre étude sur les éléphants porte, à juste titre, sur les horribles conditions de vie auxquelles ils sont soumis chaque jour pour divertir les foules.

Or, au fil de nos nombreuses études sur les sites touristiques animaliers en Thaïlande, nous avons découvert que notre compréhension du rôle des cornacs n’était ni claire ni actuelle. Aujourd’hui, nous comprenons mieux leur vie au milieu des éléphants.

De meilleures conditions de vie bénéficient aux éléphants et aux humains

Le cornac joue un rôle crucial dans la qualité de vie de l’éléphant en captivité. Aussi, il est essentiel à notre travail de transition entre les camps de dressage et les sites qui traitent les éléphants avec respect.

En Thaïlande, contrairement aux sites de divertissement et de tours d’éléphants, les sites plus éthiques bénéficient à la fois aux éléphants et aux gens. Ils encouragent les propriétaires à bien traiter leurs éléphants autant que leurs cornacs.

Notre étude a démontré que 65% des cornacs dans les camps de dressage et de tours d’éléphants se servaient de crochets, ou d’aiguillons, pour contrôler leur bête.

En arrière-plan, des touristes s’approchent d’un éléphant. On peut voir le crochet du cornac à l’avant-plan.

Or, dans les sites éthiques, ces crochets ne sont utilisés que dans les urgences. Autrement, ils sont inutiles, car les touristes ne sont jamais en contact direct avec les animaux. Ils les regardent plutôt aller à leur guise, libres d'errer, de brouter ou de se couvrir de boue entre eux.

Aussi, dans ces sites, les cornacs sont formés à contrôler les éléphants sans recourir à la force.

C’est ce que nous avons pu constater dans des sites éthiques comme l’Elephant Valley Thailand, la Mahouts Elephant Foundation et le sanctuaire d’éléphants Boon Lott’s. Notre rapport Derrière le troupeau parle du bien qu’ils font aux éléphants qui ont vécu en captivité.

Dans ces sites, les visiteurs peuvent tranquillement se promener derrière les éléphants, à distance sécuritaire, et les observer sous l’œil vigilant des cornacs.

Le sanctuaire d’éléphants Boon Lott’s, en Thaïlande, accueille les éléphants qui ont servi dans l’industrie du divertissement.

Au fond, les éléphants vivent plus heureux et en sécurité quand ils ne sont pas en contact direct avec les touristes. Même chose pour les cornacs, qui n’ont pas à recourir à des méthodes cruelles pour les contrôler.

L’éléphant ne peut vraiment être libre que dans la nature. Or, pour améliorer la vie des 3000 éléphants vivant actuellement en captivité dans le tourisme d’Asie, il faut développer davantage de sites où ils sont bien traités.

Aider les cornacs comme les éléphants

Si vous pouvez le monter, le toucher ou le voir faire des tours, l’éléphant a probablement subi un dressage cruel et vit dans d’horribles conditions.

Cette année, pour la Journée mondiale de l’éléphant, aidez les éléphants en ne visitant que les sites éthiques, où l’on peut les observer de loin et où ils sont libres de vivre selon leur nature.

Des cornacs et des éléphants à la Mahouts Elephant Foundation, en Thaïlande.

Notre étude a démontré que 65% des cornacs dans les camps de dressage et de tours d’éléphants se servaient de crochets, ou d’aiguillons, pour contrôler leur bête.
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