Enquête secrète : preuves macabres du braconnage des jaguars sauvages pour la médecine traditionnelle asiatique

24 septembre 2018

Protection mondiale des animaux publiait aujourd’hui les preuves de l’existence d’un commerce clandestin de morceaux de jaguars pour la médecine traditionnelle asiatique, au Suriname, en Amérique du Sud.

Ce majestueux félin, célèbre pour son pelage tacheté, est chassé et transformé pour être exporté en Chine. Le processus, qui jusqu’à présent n’a jamais été documenté, consiste à le faire bouillir pendant une semaine, jusqu’à ce qu’il forme une « colle » à texture de mélasse, qu’on vend ensuite dans des bacs sur le marché noir. Utilisée pour des propriétés présumées, cette colle améliorerait la santé, la performance sexuelle et les douleurs arthritiques, même s’il existe d’autres médicaments éprouvés en vente libre.

Les images recueillies montrent le corps inerte d’un jaguar, suspendu par les pieds à un poteau de bois; ou encore, une fille debout, posant effrontément devant la caméra, le sourire aux lèvres, près d’un autre jaguar abattu. Une vidéo montre un jaguar mâle, mort, attaché à un petit tracteur.  

Dans ce commerce lugubre, on traque un jaguar et on lui tire dessus plusieurs fois. Ses multiples blessures finissent par l’affaiblir au point qu’il ne peut plus bouger. Puis, on l’achève d’une balle à la tête. Dans un cas, il a fallu sept balles et beaucoup de souffrance avant de faire mourir le jaguar.

Aussi, les enquêteurs ont enregistré des rencontres entre gardes forestiers et des discussions entre braconniers et commerçants : des commandes de jaguars passées sur les médias sociaux, par téléphone ou dans les réseaux personnels. La contrebande de pâte de jaguar est une affaire lucrative dans un marché frénétique.  

Par ailleurs, selon d’autres preuves, les jaguars capturés sont aussi vendus à des hommes d’affaires fortunés, qui les gardent comme symboles de statut sans trop savoir comment en prendre soin. Ils les nourrissent au lait de vache ou à l’eau sucrée, une diète absolument inadéquate. Selon nos sources, ces petits jaguars vivent en cage jusqu’à ce qu’ils soient trop grands pour être gardés. On les tue aussi pour la viande, que consomme la population chinoise du Suriname. 

Curubanda, une femelle de quatre ans qui vit au sanctuaire faunique de Las Pumas, dans la région de Guanacaste, au Costa Rica.

Selon Nicholas Bruschi, conseiller aux enquêtes chez Protection mondiale des animaux,  

« Cette enquête a révélé l’exploitation macabre et clandestine d’un animal iconique des forêts tropicales d’Amérique du Sud pour les besoins d’une médecine dont les bienfaits ne sont qu’hypothétiques.  

« Le jaguar subit déjà la destruction de son habitat et les conflits entre l’homme et l’animal. Le braconnage l’expose en plus à une mort cruelle et inutile, au terme d’une longue agonie. Pour ce magnifique félin, dont la population est déjà en déclin, c’est une nouvelle accablante. Et, si le jaguar est très mignon, il reste un animal sauvage. Sa place est dans la nature et non sur les tablettes d’une pharmacie en Asie. »

On estime à environ 173 000 le nombre de jaguars vivant à l’état sauvage, une espèce quasi menacée selon la Liste rouge de l’UICN. On soupçonne aussi que le jaguar, comme d’autres grands félins, servirait de complément au tigre, en médecine asiatique. Cette tendance inquiétante pourrait encore contribuer au déclin de leur population.  

Aussi, avec l’augmentation des conflits entre l’homme et l’animal et de l’exploitation minière et forestière, qui détruit son habitat, le jaguar est de plus en plus exposé et chassé parce qu’il s’attaque au bétail et que la perte de son habitat permet aux braconniers de le capturer plus facilement.  

Protection mondiale des animaux travaille sans relâche à prévenir la cruauté envers les animaux dans le monde. Jusqu’ici, le braconnage du jaguar pour la médecine asiatique est passé relativement inaperçu.

Pour s’attaquer à ce problème, Protection mondiale des animaux collabore avec les garde-chasses du Suriname et des ONG spécialisées afin d’élaborer des solutions concrètes et échanger des renseignements pour prévenir le braconnage. Nous sensibilisons les gens à la question dans l’espoir que le gouvernement du Suriname fasse mieux respecter la loi à l’intérieur de ses frontières et mette fin au braconnage, et dans le but d’empêcher la contrebande de ce produit hors du pays.

Selon Nicholas Bruschi, conseiller aux enquêtes chez Protection mondiale des animaux, « Le jaguar subit déjà la destruction de son habitat et les conflits entre l’homme et l’animal. Le braconnage l’expose en plus à une mort cruelle et inutile, au terme d’une longue agonie. »
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